Entretien avec Bastien Masse

Image tirée du site internet Pexels

La Chaire est faite de chair et de sang ! Nous commençons à être nombreux à travailler pour la Chaire. Et vous êtes nombreux à travailler avec nous. Nous prenons le temps de présenter les personnes qui font la Chaire, qui font fonctionner les projets, lui donnent de la visibilité.

Aujourd’hui, Bastien Masse.

Bastien, tu es arrivé en 2018. A un moment où la Chaire se cherchait autour de Class’Code et de la médiation scientifique. Deux thèmes qui te sont chers et sur lesquels tu t’es particulièrement investi. Parlons d’abord de Class’Code. Ce projet qui date du PIA2 a pris son envol il y a quelques mois en devenant une association dans laquelle tu es le coordinateur. Où en est Class’Code aujourd’hui ?

A l’issue du PIA, Class’Code avait déjà dépassé depuis 1 an les objectifs qui lui avaient été fixés. Le collectif représentait plus de 70 partenaires issus de l’Éducation et du Numérique (Fédérations d’éducation populaire, Universités, laboratoires, institutions, entreprises et associations), et proposait 6 Moocs et plus de 400 ressources éducatives libres. Nous avons discuté avec tous ces partenaires pour savoir si nous avions envie de continuer l’aventure, et si oui comment. C’est donc sous la forme d’une association Collégiale que Class’Code a décidé de poursuivre son développement. Permettant d’inclure les partenaires volontaires dans le processus de décision stratégique et mobiliser davantage les structures partenaires. Aujourd’hui, Class’Code se définie comme une tête de réseau national pour l’accompagnement des éducateurs (enseignants, animateurs, médiateurs, parents) dans l’apprentissage du code, de la pensée informatique et des questions de société numériques.

Nous continuons de créer des ressources ensemble de manière collaborative mixant chercheurs et spécialistes avec le public concerné par ces questions et les professionnels de l’animation et de la formation. En 2021, ce seront 4 Moocs de plus qui s’ajouteront à notre catalogue (SNT, Mooc IA, NSI et Mooc Impact Num).

Le positionnement de Class’Code nous a également permis de mieux partager nos ressources auprès des enseignants, en travaillant directement avec le MENJS, la DNE, les DANES, les Académies et permettant la formation directe en présentiel des enseignants, des inspecteurs académiques et l’entrée de nos ressources aux catalogues des établissements.

Par ailleurs, le rôle de Class’Code est aussi de s’investir sur les questions du Numérique et de l’Éducation au nom de ses partenaires. Nous étions rapporteur officiel pour les États Généraux du Numérique et contributeur au Plan National de Formation pour l’intégration de la thématique IA au lycée. Nous nous impliquons également dans des projets qui doivent nous renseigner sur l’avenir de ce que pourra être l’éducation aux sciences informatiques. Sur le projet Européen AI4T par exemple, dans lequel le Mooc Class’Code IAI sert d’inspiration pour la création de ressources permettant l’acculturation des enseignants à l’Intelligence Artificielle en Europe. Ou encore à travers les GTNum IA qui interrogent nos capacités et nos limites à utiliser les traces d’apprentissages des élèves et des établissements dans des solutions d’IA pour l’éducation.

Quels sont les liens qui existent entre Class’Code et l’Université de Nantes ?

Pour l’Université de Nantes qui a contribué à créer Class’Code, c’est l’opportunité de montrer son engagement dans la production de ressources éducatives libres à l’échelle nationale (internationale francophone). Mais aussi de renforcer ses liens avec d’autres universités, notamment les Universités Numériques, et des institutions comme l’Inria et la SIF. C’est également une opportunité de participer à des projets Européens portés directement par les Ministères et de contribuer à la formation des enseignants, des inspecteurs académiques, et des cadres administratifs à des sujets qui seront déterminants pour l’école de demain. Bien sûr, Class’Code représente également un lien de terrain, avec des opérateurs locaux, qui produisent des actions de formation et de médiation en dehors du cadre Universitaire, valorisant ainsi l’engagement d’une véritable Université ouverte.

Et concernant la médiation scientifique ? Sur ce blog, plusieurs actions sont liées à la mise en valeur des actions destinées au grand public afin de vulgariser et faire connaître l’IA et les REL.

La médiation scientifique est justement cet outil de valorisation et de communication pour la chaire. C’est l’implication des chercheurs dans leur domaine d’expertise pour le grand public ou des publics spécifiques comme les enseignants du secondaire précédemment mentionnés. C’est l’occasion de montrer le savoir faire de l’Université et de rencontrer les personnes auxquelles nous pouvons apporter des réponses ou sensibiliser à la démarche scientifique. Sur Nantes, la chaire RELIA est présente sur tous les évènements majeurs comme la Nantes Digital Week, la Fête de la Science, Le salon de la data, Les Nuits blanches des chercheurs, la Coding week… C’est pour nous l’occasion d’impliquer les personnes volontaires de l’Université dans des projets innovants et de monter des partenariats avec des nouvelles structures (Ville de Nantes, Sequoia, École de design, Beaux arts, Ping…)

Tu es justement en train de travailler sur un projet de médiation qu’on appelle “les mille objets”. Peux-tu nous décrire ce que tu cherches à faire ?

“1000 objets hétéroclites et Intelligence Artificielle” est un projet de médiation réalisé en collaboration avec le collectif d’artiste Exsitu actuellement en résidence au 38 Breil. Ces deux artistes/chercheurs ont monté pendant deux ans un laboratoire itinérant, en réalisant un tour du monde à vélo. En marge de leurs expérimentations, ils se sont amusés à ramasser un objet par jour au cours de leur voyage. Il s’agit de petits objets trouvés sur le sol ou abandonnés, souvent des fragments, de matières diverses. En plus de ces objets, ils ont récolté des méta données, des informations contextuelles comme le jour de la semaine, la température, la couleur de l’objet, ses coordonnées GPS, son altitude… Répertoriant le tout dans un tableau Excel, donnant pour chacun de ces 1000 objets récoltés une vingtaine de métadonnées associées à une photo.

Exsitu a ensuite crée une œuvre mettant en scène ces objets, sous la forme d’une collection de petits tubes à essais organisés en 10 étages de carrés de 10 par 10, pouvant être individuellement éclairés par des LEDs.

De notre point de vue, l’œuvre créée ressemblait à une sorte de Dataset physique auquel des métadonnées auraient été liées. Notre objectif actuel est de créer une activité de médiation scientifique permettant au spectateur d’explorer ces données avec l’aide d’une intelligence artificielle et d’ainsi mieux comprendre son fonctionnement. Nous avons imaginé plusieurs défis à travers lesquels le spectateur et l’IA pourront confronter leur “raisonnement”, nous permettant ensuite de révéler les mécanismes et l’architecture sur lesquels les modèles d’IA utilisés ont été crées.

Le premier défi consistera en un jeu du “Qui est-ce”. Le spectateur devra choisir un objet parmi les 1000, et l’IA tentera de “deviner” l’objet choisi en posant le moins de questions possible au spectateur. Le second défi est basé sur la notion de “faux souvenir” qui à été évoqué avec les artistes, dont le voyage remonte à plus de deux ans et qui ont parfois du mal à se souvenir du contexte de leurs découvertes sans les données. Le but de l’IA sera de créer un “faux souvenir” soit un objet qui n’existe pas mais qui semble cohérents avec ceux présents dans l’œuvre. L’IA devra produire la fiche d’identité d’un objet, inventer des métadonnées correspondantes et créer une image. Le défi pour le spectateur consistera à tenter de reconnaitre un objet créer par l’IA parmi une série de vrais objets issus de l’œuvre. Nous avons hâte d’expérimenter cette action de médiation avec vous au cours de l’année 2022.

Merci Bastien. Et bonne continuation !

Licence Creative Commons

Sauf indication contraire, l’ensemble des contenus de ce site chaireunescorel.ls2n.fr est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International.